Le Chocolat chez les Aztèques

Loin d’avoir été aussi disponible ou sophistiqué que notre bon chocolat suisse, le chocolat a une histoire longue et un brin tumultueuse.

A l’origine, le chocolat n’était pas doux. Il ne fondait pas dans la bouche et il était parfois mélangé avec du sang humain. Le chocolat aztèque n’ a pas grand-chose à voir avec la confiserie d’aujourd’hui que nous aimons tant.

Pourtant, l’industrie chocolatière aime utiliser les origines méso-américaines du cacao pour rendre le tout exotique et attrayant. Dans les années 70, Cadbury vendit la barre de chocolat “Aztèque”.  L’année dernière, Magnum lança la Barre Mystica Maya, enveloppée d’or comme un lingot et aromatisée avec des arômes “authentiques” tels que la cannelle, le miel et la noix de muscade.

Aucune de ces friandises n’est comparable au chocolat des Aztèques, qui était surtout une boisson plutôt qu’un aliment, et autant un médicament qu’une friandise. Bernardino de Sahagún, un missionnaire et chroniqueur espagnol, a comparé le chocolat aztèque aux champignons hallucinogènes et a écrit : “La boisson au cacao des amérindiens est une boisson donne le vertige, qui embrouille, qui rend malade, qui dérange.”

Le chocolat Aztèque était une boisson enivrante

Le cacao contient effectivement de la caféine et de la théobromine – deux stimulants – mais rien de techniquement enivrant. Certains chercheurs supposent que les boissons chocolatées aztèques étaient mélangées à de l’alcool ; d’autres affirment qu’une boisson fermentée était parfois fabriquée à partir de pulpe de cacao vert. En tout cas, le chocolat pour les Aztèques était une boisson épicée, amère, piquante et non pas un simple dessert.

Aujourd’hui, on peut s’acheter du chocolat avec quelques pièces dans le supermarché du coin. En revanche, dans les sociétés très hiérarchisées de l’époque, le chocolat n’était destiné qu’aux nobles, aux marchands et aux guerriers. Si une “personne ordinaire” en en consommait ou en possédait, c’était généralement considéré comme un mauvais présage. Des boissons de cacao étaient servies, généralement à la fin du repas avec du tabac, lors des banquets. Le conquistador Bernal Díaz del Castillo a rapporté que l’empereur se voyait servir des quantités abondantes de cacao moussant dans des tasses d’or.

Le chocolat était précieux pour les Aztèques, en partie parce qu’il était difficile de le trouver à la cour. Il ne poussait pas dans les hauts plateaux autour de Tenochtitlán, mais dans les basses terres mayas du sud (actuellement encore, le cacao est récolté dans les états mexicains du sud du Chiapas et du Tabasco).

Le chocolat aztèque, un précieux breuvage

Pour les Aztèques, le cacao était si précieux que ses graines étaient utilisées comme monnaie d’échange.
En plus d’être une monnaie d’échange, le cacao avait une dimension religieuse. Elle était associée au sang, une offrande importante pour les dieux. Dans le rituel aztèque, le cacao était une métaphore du cœur déchiré par le sacrifice – les graines à l’intérieur de la gousse étaient considérées comme du sang qui s’écoulait du corps humain. Les boissons au chocolat étaient parfois teintées en rouge sang.

Les boissons au chocolat étaient préparées avec soin dans des bocaux en terre avec des tamis spéciaux et servies dans des courges décorées et peintes. Les Aztèques aimaient leur chocolat froid, tandis que les Mayas le buvaient chaud. Le grain fermenté était broyé, grillé et moussé avec de l’eau et du maïs moulu. Les arômes étaient luxueux.

Finalement, même si le chocolat pouvait revêtir une dimension particulière chez les civilisations pré-colombiennes ; il était notamment lié à des sacrifices humains lors de rituels, le chocolat était considéré – tout comme aujourd’hui – comme un produit de haute-facture et goûteux. Les temps changent (heureusement) mais trop (heureusement aussi)… 😉